Impacts de l’IA sur l’apprentissage et l’enseignement : Enjeux et perspectives
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, l’éducation subit une transformation majeure. Historiquement, l’apprentissage sur le tas a été central dans la formation professionnelle. Les jeunes, en entrant sur le marché du travail, apprenaient des aînés, réalisant des tâches répétitives. Ces expériences pratiques étaient cruciales pour développer des compétences pratiques et un sens critique. Cependant, avec la capacité de la technologie à automatiser ces tâches, les enjeux pour l’éducation sont nombreux et complexes.
L’intelligence artificielle est de plus en plus intégrée dans les classes et les espaces de formation. Elle offre des outils personnalisés adaptés aux besoins spécifiques des élèves, comme l’illustrent des programmes comme DreamBox Learning et MATHia. Toutefois, la question se pose : souffrons-nous d’une illusion de maîtrise si les jeunes délèguent leurs réflexions à l’IA? Cette substitution pourrait-elle saper les efforts intellectuels essentiels au développement des compétences de base?
Les tâches administratives, autrefois dévolues aux débutants, sont aujourd’hui prises en charge par des systèmes automatisés, libérant ainsi du temps pour les enseignants qui peuvent se concentrer sur des interactions humaines plus poussées. Mais où cela laisse-t-il les jeunes désireux de développer une expérience professionnelle concrète? En 2025, la mise en place de cours obligatoires sur la maîtrise de l’IA pour les élèves de 4ᵉ et de 2de est une tentative de préparer la jeunesse aux défis de demain.
En décembre 2020, l’UNESCO a reconnu ces changements en organisant un forum axé sur le développement des compétences pour l’ère de l’IA. Ce cadre permet de réfléchir à comment l’éducation peut s’adapter tout en conservant son caractère irremplaçable. On parle alors de l’importance d’un « principe de réversibilité » où les jeunes doivent d’abord maîtriser des compétences de base avant de s’appuyer sur l’IA pour les tâches plus complexes.
Sur le meme sujet
Quels liens entre numérique et nouvelles formes de solidarité aujourd’hui
Les nouvelles sociabilités numériques contribuent-elles au lien social ? Dans notre société moderne, le numérique a transformé les interactions humaines,…
Du chemin vers l’expertise : Le rôle traditionnel des jobs juniors
Le rôle des emplois débutants a toujours été fondamental dans le système professionnel. Ils fournissent un tremplin vers des carrières plus spécialisées et bien rémunérées. Les détenteurs de ces postes accumulent progressivement une expérience précieuse qui devient un véritable atout. Malheureusement, l’automatisation de ces tâches primaires par l’IA compromet ce processus de formation en profondeur. Selon une étude récente, l’emploi des jeunes dans des domaines exposés à l’IA, tels que le développement de logiciels, a chuté de près de 20% entre 2022 et 2025.
En appliquant l’analogie d’un arbre pour décrire le développement des compétences, les talents généraux tels que la communication et la pensée critique sont vus comme le tronc, d’où émergent des branches de compétences spécialisées. Si le tronc ne se développe pas, les branches, autrement dit les compétences avancées, ne peuvent prospérer. Ce qui rend l’ensemble de la structure du parcours d’apprentissage compromise, risquant ainsi de laisser les jeunes piégés dans des parcours professionnels avec peu de mobilité ascendante.
Pour contrer ce phénomène, il est essentiel d’encourager des programmes de formation qui intègrent des compétences pratiques en plus de l’utilisation des technologies avancées. Les jeunes doivent être guidés non seulement par les machines mais aussi par leurs ainés, qui peuvent partager des connaissances et des jugements qu’une simple machine ne peut délivrer. Cela prend tout son sens dans les initiatives où ces dynamiques sont retravaillées pour s’adapter à la nouvelle réalité.
Redéfinir le rôle de la technologie dans la formation
L’intégration de la technologie dans l’éducation n’est pas simplement une histoire de substitution. Il s’agit d’une transition vers une nouvelle manière d’engager les étudiants dans leur apprentissage, de stimuler la réflexion critique et de valoriser les interactions humaines. L’intelligence artificielle ne devra pas remplacer le mentorat humain mais le compléter dans une optique de synergie.
Les programmes de formation qui réussissent sont ceux qui exploitent le potentiel de la technologie pour enrichir les expériences d’apprentissage, sans pour autant perdre de vue l’importance des compétences interpersonnelles. Les enseignants peuvent tirer parti de l’IA pour personnaliser l’enseignement et offrir des retours plus précis, mais cela ne signifie pas que l’expérience humaine perde de sa place inégalée dans le processus simplement car elle est en évolution.
Parallèlement, il est crucial de veiller à ce que les jeunes puissent développer des savoir-faire qui ne peuvent être codifiés par une machine. Des compétences telles que le leadership, la compréhension émotionnelle, et la capacité à manœuvrer dans des contextes incertains doivent être favorisées. Les approches innovantes doivent jouer un rôle central dans la répartition des tâches, en offrant aux novices des opportunités d’apprendre sous toutes ses formes et pas uniquement par l’automatisation.
Les défis de l’IA pour l’avancement professionnel des jeunes
L’adoption de l’intelligence artificielle dans les secteurs professionnels soulève également des tensions en ce qui concerne l’égalité d’accès. Une analyse montre que certaines catégories de travailleurs, comme les femmes dans les rôles administratifs, seraient trois fois plus exposées à voir leurs emplois remplacés par des technologies automatisées par rapport à leurs homologues masculins. Malheureusement, les conséquences de cette transition ne sont pas les mêmes pour tous, exacerbant les inégalités existantes.
Face à cette situation, il convient de se demander : que peut-on faire pour assurer que la technologie ne creuse pas un fossé générationnel et social? Il est donc nécessaire de créer de nouvelles politiques qui encouragent l’employabilité de tous, indépendamment de leur genre ou origine sociale. Étendre les programmes de formation professionnelle pour inclure des dimensions de développement durable des compétences sociales et humaines peut jouer un rôle important dans cette lutte.
En encourageant des programmes qui cultivent une culture d’entreprise inclusive et réactive aux défis technologiques de demain, les entreprises peuvent contribuer à favoriser une transition professionnelle verte pour tous. Ces initiatives sont cruciales pour s’assurer que tout un chacun soit armé pour faire face à l’évolution rapide du marché lié à l’automatisation et aux avancées technologiques continuelles.
Développement des compétences propres aux générations futures
Au-delà des craintes de substitution que suscite l’IA, il y a aussi un potentiel immense pour redéfinir le paysage de l’apprentissage. Plutôt que de voir l’intelligence artificielle comme une menace, elle pourrait être perçue comme un catalyseur permettant aux jeunes d’intégrer des compétences qu’ils n’auraient peut-être pas développées autrement. En mettant l’accent sur la flexibilité, la pensée critique et la résolution de problèmes, les étudiants peuvent devenir des acteurs innovants dans leurs domaines respectifs.
Il existe des ressources et des plateformes qui mettent en valeur des compétences transversales essentielles, capables de s’adapter aux défis futurs. Des programmes, orientés par exemple vers l’apprentissage des nouvelles technologies, visent à préparer activement les jeunes pour les futurs défis. Ces stratégies deviennent une part intégrante du futur du travail, transformant ainsi la manière dont ils perçoivent et abordent leur carrière.
Le rôle des politiques publiques dans l’avenir de l’éducation
Les politiques publiques occupent une place cruciale dans la transition actuelle. Fournir des opportunités éducatives qui exploitent le plein potentiel de la technologie tout en respectant les compétences humaines est primordial. Par exemple, des initiatives publiques peuvent faciliter l’intégration de l’IA dans des modèles de formation hybride. Elles pourraient aussi encourager les établissements scolaires et universitaires à adopter des modèles participatifs où les élèves sont placés au cœur du processus d’apprentissage.
Des organismes de formation et d’éducation sont appelés à collaborer plus étroitement avec le secteur de la technologie afin de préparer des contenus pertinents et adaptés aux besoins émergents de la société. Les réformes éducatives doivent être agiles pour s’adapter aux tendances en constante évolution, en privilégiant un apprentissage continu qui respecte les réalités des jeunes.
La coopération entre générations pour encourager le mentorat à double sens
Avec l’évolution du marché du travail, une coopération transgénérationnelle est essentielle pour un transfert de connaissances efficace. Les jeunes et les professionnels expérimentés ont beaucoup à apprendre les uns des autres. Tandis que les anciens peuvent partager leur jugement et leur expérience, les plus jeunes peuvent introduire de nouvelles perspectives concernant l’utilisation des technologies telles que l’intelligence artificielle pour améliorer les méthodes de travail.
Adapter le concept traditionnel de mentorat pour inclure des échanges réciproques est une piste prometteuse. Ce modèle de mentorat inversé peut soutenir une dynamique enrichissante dans le milieu professionnel, permettant à chacun non seulement de transmettre mais aussi de recevoir activement des connaissances pratiques. Des entreprises commencent déjà à mettre en œuvre des programmes qui promeuvent ces échanges entre générations pour assurer une transition professionnelle fluide et bénéfique.
Comment l’IA transforme-t-elle le monde du travail pour les jeunes?
L’IA automatise les tâches répétitives, réduisant ainsi les opportunités d’apprentissage pratique autrefois disponibles. Cela requiert souvent une réorientation des programmes de formation pour inclure plus d’interaction humaine et de développement de compétences interpersonnelles.
Quelles compétences restent essentielles malgré la montée de l’IA?
Les compétences en communication, pensée critique, résolution de problèmes et la capacité d’adaptation restent essentielles, car elles sont difficiles à automatiser et irremplaçables pour une progression professionnelle.
Comment les entreprises peuvent-elles faciliter l’intégration de jeunes travailleurs?
Les entreprises peuvent encourager des programmes de mentorat inversé, maintenir des rôles juniors et investir dans des opportunités d’apprentissage continu pour s’assurer que les jeunes travailleurs développent les compétences essentielles au-delà des capacités de l’IA.
Salomé Bertier a fondé Citizen Ship pour créer un média citoyen à hauteur de jeunes, mêlant pédagogie, journalisme et militantisme. Elle dirige la ligne éditoriale en articulant enquêtes, formats hybrides et contenus participatifs autour des enjeux écologiques, sociaux et démocratiques.



