La citoyenneté est une notion qui peut paraître vague. Certains vont l’utiliser pour justifier des actions que d’autres vont dénoncer. La citoyenneté n’est cependant pas un objet politique non identifié. Elle peut se définir de façon claire. Ce petit article en est l’objet. Il reprend l’excellent travail de recherche annuelle du Conseil d’Etat de 2018 :  la citoyenneté – Être (un) citoyen aujourd’hui

Pour éclairer le lecteur, il convient de définir la citoyenneté au travers de ses caractéristiques et de ce qui la fonde. Pour ensuite, de façon succincte lui faire découvrir les questions principales que pose la citoyenneté à la fois dans sa crise et ses innovations. 

La citoyenneté une notion déterminée par trois éléments et qui découle du caractère social de l’humain.

Avant tout, la citoyenneté vient de la nature humaine. L’être humain est social par nature. Aristote disait que l’homme est un animal social. Nous illustrerons par l’évidence. Il n’existe que peu d’êtres humains hors d’une société. L’humain nait dans la société, il y vit et il y meurt. Ceux qui on eu le choix de quitter la société, de s’isoler, l’ont rarement fait. Une dépendance de l’humain à la société existe que ce soit matériellement ou socialement.    

Or faire société est le fondement même de la notion de citoyenneté. C’est car l’humain est social qu’il y a une citoyenneté. C’est car il y a une interaction entre l’individu et la société qu’il faut instituer une citoyenneté. Il ne peut y avoir de citoyens sans une cité, sans un lieu de vie où ce retrouve les familles, les amitiés, les amours et les dissensions. Sans qu’il y est de  reconnaissance réciproque entre le “moi” et les “autres”. L’individu en grandissant va devenir élément de la société. Il va interagir avec ses concitoyens (sa famille, ses amis, ses ennemis), sa  communauté politique autant que la société va elle aussi interagir sur lui. Sans se perdre dans une approche sociologique, il convient de dire que le citoyen ou la citoyenne, est un acteur (actifs) dans la société et un de ses agents (passif). Autrement dit, le citoyen ou la citoyenne influence sa société autant qu’il ou elle se fait influencer par elle. 

Par nature donc l’humain est un être social qui par ses actions agit sur la communauté dans laquelle il évolue, tout autant que la communauté elle l’influence en retour. Dans le pire des cas la société peut contraindre les citoyens par la force à aller dans un sens, et les citoyens peuvent user de la violence pour se faire entendre. Dans ce cas la cohésion sociale se délite. La citoyenneté cherche à éviter ces démonstrations de violence, même si ces dernières peuvent aussi faire partie de la l’action citoyenne. 

La reconnaissance réciproque est le principe de citoyenneté. Sans lui, il ne peut y avoir de socialisation et l’interdépendance entre la société et l’individu, bénéfique pour les deux parties. C’est car, le citoyen respecte sa société et que la société respecte le citoyen qu’une relation stable peut se construire.   

Pour autant selon les cultures, la citoyenneté peut prendre des formes bien différentes. Les institutions qui encadrent les rapports entre les citoyens et la société sont le résultat d’un héritage historique et culturel relatif à chaque civilisation. Pour autant, trois caractéristiques sont immuables, soit trois éléments qui ensemble permettent à l’individu d’être en contact avec sa société dans le respect et la cohésion : un statut, une pratique et la liberté.   

Un statut fait de devoirs fondant des droits

La citoyenneté est avant tout un statut fait de droits et de devoirs. Ce statut s’acquiert à 18 ans en France. Il permet à l’individu par sa nationalité, d’avoir des droits et des devoirs propres reconnue par son pays. Avant cette majorité, le jeune est sous la responsabilité de ses parents. Il ne possède pas pleinement de droits et de devoirs. C’est avec l’acquisition du statut de citoyen que l’individu est placé dans la société. Il doit alors consciencieusement respect aux lois votées par ses pairs sans quoi sa responsabilité est engagée. 

Les lois sont au coeur du contrat social. Elles soudent la communauté. Le citoyen ou la citoyenne en respectant les lois, soit en se privant un peu de leur liberté, viennent protéger les droits de leurs concitoyens (la liberté s’arrete où commence celle des autres). 

Par le respect de la loi, toutes et tous peuvent avoir des droits. Car c’est en respectant la règle que l’autre est respecté. Quand le citoyen s’engage à ne pas commettre de délit ou de crime, il protège par ce renoncement autrui et gagne son droit à la protection. Devoir respect à la loi est donc le premier devoir du citoyen dont découle ses droits. 

Les droits et devoirs du citoyen sont identiques pour toutes et tous. L’article 1er de la Constitution de la Ve république l’affirme en instituant une égalité des citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion. La déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, l’avait déjà instituée en son article 1er par le célèbre formule, les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. 

Il est bon de rappeler que le citoyen a comme devoir, en plus du respect des lois, la défense de la Nation, le paiement de l’impôt, la participation aux jurys d’assises ou encore le caractère obligatoire de l’instruction pour les enfants jusqu’à seize ans. Au titre des droits, il convient aussi d’indiquer que le citoyen à le droit d’aller, et venir sur le territoire national, celui d’accéder aux emplois publics et bien sûr celui de vote et d’éligibilité. A ce propos, il est bon de noter que la participation aux élections démocratiques n’est pas obligatoire en France. De fait, un citoyen a le droit de voter ou non. Cette décision prise par le citoyen ou la citoyenne va dépendre d’une autre dimension de la citoyenneté : la pratique citoyenne.   

La pratique citoyenne ou l’expression de l’individualité dans la citoyenneté  

La citoyenneté est aussi une pratique. Elle peut s’illustrer par le respect de règles sociales vertueuses ou inclinées vers un but proprement politique. La notion d’engagement se retrouve aussi dans cette dimension de pratique. Elle couvre en fait un ensemble de possibles qui n’a de limites que les droits du citoyen. Par là, la citoyenneté devient plurielle. Chacun et chacune pouvant s’affirmer dans une pratique citoyenne plutôt qu’une autre. Par exemple, il est possible pour l’un de ne pas voter mais de participer à des activités associatives, alors que pour d’autres le vote, et l’achat raisonné constituent la pratique citoyenne. Entre les différentes pratiques, il existe des jugements de valeur qui n’ont pas leur place ici. 

Une notion doit être rappelée au lecteur. La pratique citoyenne demande une prise de recul du citoyen ou de la citoyenne lors d’un investissement politique (vote, activité associative, achat…) pour que l’action serve à la communauté et non à l’égoïsme de l’individu. Dans le cas contraire, la pratique ne sera pas citoyenne mais individuelle. Là encore la position est au choix de chacun, mais la prise de recul demande une connaissance suffisante des sujets traités ainsi que la capacité de sortir de sa position individuelle pour penser collectif. Autrement dit ce paramètre de la citoyenneté demande une instruction laïque (dans le sens républicain) suffisante. Mais toutes prises de décisions ne seraient rien sans la liberté pour les rendre réelles.  

La liberté l’indispensable pour une effectivité de la citoyenneté

La citoyenneté pour être réelle nécessite une liberté. Elle demande que l’individu soit libre de choisir ce qu’il considère de mieux pour la société. L’individu doit avoir une liberté intellectuelle et morale pour que ses décisions soient prises en son âme et conscience mais aussi une liberté juridique et pénale (responsabilité juridique et pénale) pour qu’il soit garant des droits de chacun. 

Il est, en effet, impossible pour une personne de prendre une décision qui lui est propre dès lors que celle-ci agit sous la contrainte. Pour qu’une prise de décision citoyenne ait lieu, il faut que l’individu soit libre sans quoi cette décision sera tout bonnement sans valeur. 

Au final, la citoyenneté c’est le devoir de respecter les lois pour permettre à chacun d’avoir des droits et d’affirmer sa pratique citoyenne en toute liberté. A l’heure actuelle, la citoyenneté est cependant ébranlée. 

Une citoyenneté ébranlée par trois phénomènes 

Trois phénomènes bien connus des sociologues et des politiques aujourd’hui ont des effets délétères sur la citoyenneté.   

En premier lieu, une crise de confiance est présente dans la représentation politique. Cette crise se cristallise dans des affaires impliquant des personnalités ou des partis politiques. Ces affaires ne sont pas majoritaires, elles concernent quelques-uns des 550 000 élus, mais les citoyens se sentent tout de même par là, moins ou pas écoutés, et distants de leurs élus. 

En second lieu du fait de la complexification des sujets politiques et d’une diminution des heures dédiées à l’éducation civique, un manque de formation et d’informations claires des citoyens sur les sujets politiques se fait sentir. 

En dernier lieu, un manque d’égalité dans les faits, une croissance du communautarisme et de l’individualisme amènent une rupture de la communauté nationale ce qui ne permet plus aux citoyens de se sentir soudés.

Ces trois phénomène on une conséquence visible dans le taux d’abstention qui grimpe à chaque nouvelle éléction. Les citoyens apportent tout de fois une réponse à ces soucis du mieux qu’ils le peuvent par un renouvellement de leur citoyenneté. 

Renouvellement d’une citoyenneté par des pratiques citoyennes affirmées 

Des citoyens répondent du mieux qu’ils peuvent aux soucis démocratiques par une pratique de la citoyenneté renouvelée, en participant et en s’engageant au quotidien, par le service civique, le bénévolat associatif ou des prises de poste dans l’économie sociale et solidaire. De plus, les citoyens s’expriment et apprennent de plus en plus en ligne avec des outils ou diverses plateformes numériques même si certains risques existent (fausses informations dite “fake news” par exemple). Enfin, les citoyens par leurs contacts avec les pouvoirs publics fondent une action citoyenne inclusive (consultations locales, pétitions, recours devant des juridictions, enquêtes publiques,…). 

Comme dit dans la synthèse de l’étude annuelle de 2018 du Conseil d’Etat, “si la citoyenneté n’est pas le vestige d’un passé révolu et idéalisé, elle n’est pas non plus un acquis, ni une utopie. Elle doit être, pour la République et l’ensemble des collectivités publiques françaises, une ambition, un projet”. Autrement dit, la citoyenneté n’est pas figée, elle peut évoluer. Que ce soit dans son statut par modification des lois, ou dans sa pratique en agissant d’une façon nouvelle, la citoyenneté vit et grandit. 

Bien sûr cependant comme toute chose qui est en mouvement, la citoyenneté peut se perdre. L’utilisation du terme laïcité repris différemment par des courants politiques partisans en est un exemple (un article est à venir sur ce sujet) et montre qu’un clivage peut se faire sur une notion fondamentale de la république.  

En vous remerciant pour votre lecture, 

James Eliot pour Citizen-Ship